Migration


L’être humain a toujours été mobile.
Avec la modernité, les flux migratoires se sont intensifiés. Dans ce texte nous
nous posons la question de savoir pourquoi nous migrons, dans un contexte
moderne. On expose les propriétés des migrations, c’est-à-dire leur « forme »
et nous en sondons le « fond » avec les deux types de migrations :
intérieures et internationales. Enfin, nous concluons sur la relation entre migrations
et mondialisation.

Pourquoi migre-t-on ?

L’approche économique des
migrations est dominée par l’école néoclassique. Ainsi, la raison principale de
la migration est économique. Elle est modélisée par les facteurs que l’on
appelle push factor ou facteur de départ et pull factor ou
facteur d’attraction. Il s’en suit que la raison pour laquelle on migre est
l’espoir d’améliorer ses perspectives économiques dans une région plus riche.
Selon cette logique, la région de départ est réputée plus pauvre. La migration
possède des caractéristiques sociales telles que le sexe, l’âge et la catégorie
sociale. Généralement, le migrant est un jeune homme célibataire et instruit.

On choisit de migrer pour
valoriser son capital humain. Le capital humain est la somme des
expériences, connaissance, qualifications que l’on acquiert dès la naissance
dans un but productif. L’éducation augmente le capital humain et peut être
considéré comme un investissement.

Migrer porte un vrai coup
psychologique à l’individu. Les relations sociales acquises dans la région de
départ sont brisées et en faire de nouvelles dans la région d’arrivée devient
de plus en plus difficile en dehors du travail ou avec l’avancement de l’âge.
C’est pourquoi on observe que la plupart des migrations se font avant l’âge de
40 ans révolus et qu’un maximum se fait à la sortie des études (là où les
réseaux sociaux sont encore limités et où la valorisation du capital humain se
fait le plus ressentir).

 

Les propriétés de la migration

Pour Jean-Marc Zaninetti, il
existe quatre propriétés des migrations : l’intensité migratoire, la
structure démographique, l’orientation et la portée de la migration.

L’intensité migratoire est « la
mesure de la propension d’une population ou d’un sous-groupe défini par
quelques caractéristiques importante à migrer ». Elle permet de distinguer
quel type de population à tendance à plus migrer que d’autres. L’éducation mais
aussi la langue peut être un facteur ou un frein à la mobilité.

La structure démographique peut
déterminer si une population est plus mobile qu’une autre. Comme les migrants
sont de jeunes adultes, les populations majoritairement structurées de la sorte
sont plus mobiles. Ce type de population correspond à la deuxième phase de la
transition démographique, c’est-à-dire lorsque la fécondité baisse mais que le
vieillissement est encore faible. La conséquence de la migration peut entraîner
un changement dans la structure par âge (ou pyramide des âges) d’une population.

L’orientation ascendante ou
descendante sont deux opposées. Ainsi, les migrations ascendantes indiquent des
migrations des campagnes vers les villes ou des petites villes vers de plus
grandes. L’inverse est la migration descendante. Historiquement, les migrations
ascendantes sont majoritaires et on observe ce phénomène dans les pays du Sud.
Dans les pays du Nord c’est le phénomène inverse qui se produit.

Le modèle gravitaire a été élaboré
par Ernst-Georg Ravenstein et mesure la portée spatiale de migration, à savoir
la distance de migration. D’après le modèle, la fréquence de migration décroît
avec la distance.

 

Migrations intérieures

Les migrations intérieures
concernent beaucoup de personnes mais il est difficile de les quantifier par
manque de registre de populations dans de nombreux pays.

L’exode rural est un exemple de
migration intérieure. Ce processus a débuté dans l’Europe du Nord-Ouest,
particulièrement en Angleterre lors de la révolution industrielle. L’exode
rural explose au XIXème siècle. Bien qu’il soit très faible aujourd’hui dans
les pays du Nord, le départ des campagnes vers les villes est très présent dans
les Pays du Sud et contribue à la croissance de villes et des mégapoles de ces
pays.

On a aussi les migrations
interurbaines et intra-urbaines. Les premières revoient à des migrations de
petites ou de moyennes villes vers des villes d’importance régionales ou
nationales. Le but est la recherche de l’emploi. Les secondes concernent des
mouvement centrifuges, du centre vers les périphéries de la ville, ou
centripètes, l’inverse.

 

Migrations internationales

En 2020, on estime qu’il y a 280
millions de migrants internationaux, soit 3.6% de la population mondiale. Ces
chiffres semblent relativement faibles mais sont suffisamment importants en
termes de conséquences sociales et spatiales pour les espaces concernés : elles
montrent des écarts de développement et elles sont souvent une réponse au
sous-développement.

La politique est une première
cause des migrations. Par exemple on assiste à des migrations de réfugiés
chiliens après le coup d’état d’Augusto Pinochet. Ce sont des réfugiés
politiques, « les individus qui quittent un État dans lequel leur sécurité
et leur liberté ne sont plus assurés et trouvent refuge dans un pays étranger
qui les accueille et leur accorde parfois un statut spécifique ». Il
existe des pays où les migrants sont indésirables et n’obtiennent pas de statut
particulier. On appelle ces migrants des migrants forcés et on parle de
populations déplacées.

Les causes socio-économiques sont
d’autres push factors. Ce sont souvent des migrations de travailleurs
(ou migrations économiques). Ce sont les cas majoritaires de migrations et peuvent
provoquer des flux importants de personnes. Généralement, les pays émetteurs
sont des pays moins riches que les pays d’accueil.

 

Migrations et mondialisation

A première vue, la relation entre
mondialisation et migrations semble évidente. La connexion entre les différents
peuples du monde forme une réponse à La mise en relation sans cesse croissante
des différents espaces du monde, la mobilité internationale parfois qualifiée
de nomadisme planétaire. Ayant débuté au XIXème siècle, les migrations étaient
plus importantes en comparaison avec la population mondiale d’alors. Les flux
de migrants se sont intensifiés avec la croissance de la population mondiale,
les moyens et les types de migrations : travailleurs, étudiants, réfugiés
et familles. De plus, la mondialisation de l’économie est un facteur qui
augmente les flux migratoires en termes de nombre et de variété. Baisse des
coûts du transports et augmentation de leur intensité, images et médias, ainsi
que les réseaux sociaux sont des facteurs de migrations. Aussi, la mondialisation
de l’économie creuse les écarts de richesses entre les différentes régions du
monde, ce qui incite les migrants à aller vers des régions à forte croissance.
Les migrations peuvent donc former un indicateur de la mondialisation mais peut
aussi être l’une de ses conséquences.

 

Pour aller plus loin :

https://www.iom.int/fr/journee-internationale-des-migrants-2021

Baud P., Bourgeat S., Bras C.,
2008, Migration, mobilités dans Dictionnaire de géographie, Hatier

Zaninetti J.-M., 2014, Géographie
des peuplements et des populations : L’homme sur la terre
, PUF

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