La protection de l’environnement est-elle une affaire de jeunes riches ?

Les années 1960 et 1970 ont été
fertiles dans pour la pensée écologique. Seulement, on ne dénombre que des
auteur-e-s issus des pays riches. En effet, ces années concluent ce que l’on
appelle les trente glorieuses, un période de forte croissance économique dans
ces pays. Typiquement, le rapport Meadows du Club de Rome paraît en 1972 et
alerte l’impossibilité d’une croissance économique infinie. Aujourd’hui, en
2021, la croissance est un concept loin d’avoir disparu, en particulier alors
que les États-Unis d’Amérique (USA) et la Chine sont en pleine guerre
d’influence et de pouvoir sur la planète.

Par ailleurs, s’il est vrai que
les médias mainstream des pays riches montrent des images des inondations
en Allemagne et en Belgique, deux pays riches, ainsi que de forts
refroidissement au Texas, l’État le plus peuplé des USA, ils nous feraient
presque oublier que les catastrophes naturelles les plus dramatiques ont lieu
dans la zone intertropicale de la planète Terre, zone où se trouvent les pays
les plus pauvres économiquement : sécheresses infernales dans la corne de
l’Afrique, Tornades dévastatrices en Amérique centrale et dans les Caraïbes,
pluies diluviennes en Asie du Sud-Est. Bien que cela ait été plus de cent fois
ressassé, ces catastrophes, autant dans les zones des pays riches que celles
des pays qui le sont moins, on tendance à augmenter en intensité et en
fréquence, dû au réchauffement climatique engendré par, il faut le dire, les
pays riches.

Faire culpabiliser les pays en
développement de vouloir copier le modèle occidental n’est cependant pas la
chose à faire même s’il semble être attractif : on le voit à Cuba où la
population est lasse du socialisme d’État et du manque de leadership de
Díaz-Canel. En effet, les Cubains semblent vouloir goûter à l’individualisme
tout-puissant de leur ennemi d’État, les USA, du moins c’est ce que nous disent
les émigrés qui votent en faveur de Donald Trump : « Nous on
sait ce que c’est le socialisme, on n’en veut pas
 », disait un Cubain
émigré à France Télévision lors des dernières élections présidentielles
américaines.

L’individualisme libéral est-il
le facteur déterminent du réchauffement climatique ? Paradoxalement, c’est
difficile à dire même si le système libéral celui qui domine dans les pays les
plus pollueurs de la planète, du moins pendant les trente glorieuses. Pour
les régimes de gauche, nous en avons aucune idée. Mais il est vrai que le
« capitalisme social », ou « capitalisme d’État », ou dieu
sait comment on veut appeler le système politique chinois, n’en est pas moins
un puissant pollueur (second mondial).

Le libéralisme, prôné par les
USA, débouche sur la mondialisation, comme nous la connaissons aujourd’hui et
les échanges de marchandises, de personnes et de capitaux ont explosé dans les
années 1960 (même si la fin de la seconde guerre mondiales est une date clé).
Les moyens de transports se sont améliorés mais la pollution a augmenté avec
ces échanges mondiaux. Mais la mondialisation, dans sa volonté d’intégrer tous
les pays dans le « système-monde », a aussi créé des inégalités, de
l’exploitation et des injustices.

Aujourd’hui, les jeunes scandent
des slogans contre les boomers et le capitalisme libéral dont ces derniers ont
profité. Ils avaient minimum 20 ans pendant les trente glorieuses et ont
participé aux débuts de la surconsommation. Les jeunes générations
d’aujourd’hui leur reprochent d’avoir été complices de cette surconsommation.
De plus, l’économie libérale, qui suit le marché, n’arrange pas les choses car elle
suit les « besoins » de la demande, donc la consommation de masse,
telle que la décrit celle-ci. Paradoxalement, les jeunes générations
d’aujourd’hui sont très connectées par des moyens créés par des entreprises
capitalistes, mais elles s’en servent pour lutter contre le système financier
(banques, fonds d’investissements, gestionnaires d’actifs, etc.) qui investit
dans les énergies fossiles.

Ce que montrent aussi les médias mainstream
c’est que ces jeunes sont issus des pays riches. Mais d’autres sources comme Nature,
qui reproche à Greta Thunberg de demander aux politiciens d’« écouter la
science », affirment que les manifestations de jeunes proviennent de plus
de 106 pays, dont des pays en développement.

Qui sont ces jeunes ? Ils
sont majoritairement issus du secondaire II et ont terminé l’école obligatoire,
donc ont entre 15 et 19-20 ans. Il se trouve que les trois quarts ou trois cinquièmes
sont mineurs et ne peuvent pas voter. Ils vivent toujours chez leurs parents et
veulent consommer moins de viande par exemple, ce qui leur impose un nouveau
régime alimentaire dont ces derniers n’ont pas l’habitude. Comme dit
auparavant, le capitalisme libéral est une cause de leurs descentes dans la rue
car son système productif ne prend pas en compte la nature et n’internalise pas
ses externalités négatives. Son modèle économique est linéaire.

Au-delà des causes économiques et
financières, c’est une vraie écologie qu’il faut mettre en place et en
finir avec les demi-mesures qui ne sont pas tenues. En effet, aucun état n’a
réussi à baisser ses émissions de gaz à effet de serre et on se permet de parler
de crédits carbone. Ce système financier n’est qu’une excuse pour payer le prix
de sa pollution. Il ne s’agit pas d’internaliser les coûts mais de justifier un
politique de pollution sous l’excuse d’un prix sur les émissions carbone !
Plus généralement, la finance durable ne représente que du greenwashing car
finalement, la pollution est bien existante et elle augmente malgré la responsabilité
sociale et environnementale des entreprises. C’est comme les fast-foods qui se
préoccupent d’environnement alors qu’en réalité ils sont complices des pires
atrocités faites à l’environnement et aux animaux dans leurs démarches
globales.

Mais avant de faire de la vraie
écologie, quel est le constat ? Dans les pays riches, sociétés de
services, la population s’est positionnée tellement loin dans la chaîne de
production. Qu’entends-je par là ? C’est que le souci de savoir ce que nous
consommons et comment le bien ou le service a été produit est tellement éloigné
de notre réalité. Nous nous positionnons de manière très éloignée d’un produit
brut. Ce n’est pas nous qui fabriquons un vêtement, ni nous qui cultivons nos
légumes. Avec cette distance, il est tellement facile de se disculper de toute
maltraitance animale ou humaine. Peut-être est-ce la faute de la mondialisation ?
Peut-être est-ce la faute du libéralisme ?

Donc il semble bien que l’écologie
soit directement ou indirectement une prise de conscience que les supply
chains
soient devenues tellement opaques et tellement grandes « en
largeur » mais aussi en « longueur » et qu’elles ont été
tellement dévastatrices environnementalement et socialement que le jeunes ne
veulent plus de ce modèle. Même si ramasser du plastique par terre et manger
moins de viande est dérisoire, la logique y est. Le plastique, symbole de la
surconsommation et produit issu du pétrole, transformé dans une chaîne de
valeur (et d’approvisionnement) mondiale est un élément à abolir. Manger moins
de viande prend aussi tout sa logique car elle est aussi issue non seulement de
la souffrance animale (même si le bio assure le contraire) mais aussi de la
transformation dans une chaîne logistique, ce qui en plus dénature l’être
vivant sensible à celui de marchandise.

Enfin, l’écologie n’est pas une
religion et on ne prêche pas la foi « écologie ». Ce n’est pas « bienvenu-e
au club » non plus et il ne s’agit pas d’une mode. L’engagement à l’écologie
peut être une pensée personnelle mais le point commun est le respect non
seulement de l’humanité mais aussi celui des animaux et de la nature. Au fond,
qu’est-ce qui permet de dire que les humains sont supérieurs aux autres espèces ?
Maintenant que nous connaissons l’éthologie des espèces animales en populations
ou en communautés biologiques, il se trouve que certaines sont en tout cas
aussi complexes, voire plus complexes que les nôtres mais aussi plus
respectueuses de leur environnement que les humains ne le sont.

Ce qui se passe dans les pays
riches a un impact planétaire et les jeunes l’ont compris. Donc certainement l’écologie
est une affaire de jeunes riches car les causes viennent des vieux riches, comme
nous l’avons sous-entendu dans ce texte. Il faut donc réparer la folie libérale :
il faut réduire les
supply chains en quantité et en longueur, il faut
être plus économe et désinvestir les énergies fossiles. Mais surtout il faut
repenser notre cadre de considération moral et notre positionnement dans la
biosphère car, au final, il s’agit d’une question de respect d’autrui (humain,
animal et végétal).
 

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