Mondialisation, la planète comme un "système-monde"

En français, on ne sait pas s’il
faut dire
mondialisation ou globalisation. Pourtant, globalisation
ou
globalization est le terme anglais qui se traduit par mondialisation.
Globalization est cependant un mot plus général pour parler d’un
phénomène qui touche l’ensemble du globe, comme la question de l’environnement.
Mais, en français, on peut l’utiliser pour parler des aspects financiers de la mondialisation. Ici, nous allons utiliser le terme de mondialisation pour
parler des aspects globaux qui traitent de la planète comme un tout.

La mondialisation peut se définir
comme un processus reliant les territoires pour former un
« système-monde », c’est-à-dire, un seul monde considéré comme
un système, un tout cohérent. En d’autres termes, il
s’agit de tous les phénomènes, ou de l’ensemble des phénomènes convergents et
successifs qui ont pour but la liaison entre les territoires du monde. Cette
liaison est sensée former un ensemble logique répondant à des mêmes lois à
l’échelle globale.

Le sens du terme
« mondialisation » à aussi évolué dans le temps. Jusqu’au années
1980, il a un sens très général du fait du terme de global village, ou
village global, ou village planétaire, par le sociologue canadien Marshall Mac
Luhan qui a vu une uniformisation des cultures du fait du rôle des médias. Dès
l’année 1983, suite à la parution d’un article de Théodore Levitt, « The
globalization of markets
 », le terme prend un sens plus économique. De
nos jours, on trouve différentes définitions de la mondialisation en fonction des
champs d’études des spécialistes. Par exemple, les économistes comme Joseph
Stiglitz insistent sur l’interdépendance des économies dans le monde. Les
historiens parlent de mondialisation en termes de temporalité : un
processus d’extension du système capitaliste dans l’espace mondial, pour
Fernand Braudel. Malgré les différentes définitions de la mondialisation,
aujourd’hui nous l’acceptons non pas sous des traits purement économiques, mais
aussi sociaux, culturels et politiques.

 

Échanges internationaux

Ici, on parle de la
mondialisation des échanges. Les échanges deviennent mondiaux depuis la Seconde
Guerre mondiale. La croissance des échanges est plus rapide que la croissance
démographique et que la croissance du PIB mondial. Cette croissance est due aux
progrès qui se sont faits dans les transports, notamment celle des bateaux, et
les télécommunications depuis les années 1960. Pour les transports, des
économies d’échelles sont réalisées grâce à l’augmentation de leur capacité
mais aussi grâce à leur spécialisation (pétroliers, minéraliers, vraquiers,
etc.) Aussi, les conteneurs et l’uniformisation des ceux-ci permet l’intermodalité,
ou la possibilité de transférer les conteneurs d’un mode de transport à un
autre. Les progrès dans les transports maritimes sont capitaux car ils assurent
les trois quarts des transports de marchandises en poids et deux tiers en
valeur.

La
mondialisation des échanges est le résultat de la libéralisation des échanges à
l’échelle mondiale. Cette libéralisation est possible parce que les États-Unis prônent
le libre-échange (cf. Libre-échange, écologie et consommation locale), fondement du libéralisme. C’est à leur initiative qu’est créé
l’accord du GATT (General Agreement on Tariffs and Trades) dont le but
est de baisser les barrières douanières, par la réduction de tarifs douaniers,
l’élimination des contingentements à l’importation et la généralisation de la
clause de la nation la plus favorisée ; et enfin, ne soumettre à aucune
restriction le commerce mondial. A la suite de certains Rounds, des
grandes négociations internationales, notamment le Tokyo Round et l’Uruguay
Round, on aboutit à la création de l’OMC (Organisation mondiale du commerce). Bien
que la tendance générale soit au libre-échange, le protectionnisme existe et
est accentué en période de crise.

Dans le
processus de mondialisation de l’économie, on peut parler de division
internationale du travail, c’est-à-dire la répartition des différentes
spécialisations en les pays. Ceci à permis la montée des échanges dans le
monde. Il s’agit, pour ainsi dire, d’échanges de produits de base venant de
pays pauvres contre des produits manufacturés exportés par des pays industriels.
La nouvelle division internationale du travail augmente d’un niveau. Les pays
occidentaux achètent des produits manufacturés au pays en développement et
vendent des produits à haute valeur ajoutée, contenant de nouvelles
technologies. A noter que les pays développés sont devenus de gros producteurs
agricoles. De plus en plus, on peut parler de division internationale des
processus productifs car plusieurs pays participent à la fabrication d’un
produit. Aussi, on remarque le rôle croissant des firmes multinationales qui
ont poussé la libéralisation des échanges car elles sont en réalité le moteur
et les bénéficiaires.

Les échanges
internationaux concernent essentiellement les flux Nord-Nord, c’est-à-dire,
entre pays industrialisés. Ceux-ci engendrent des flux de marchandises, de
services, de capitaux et d’humains. Les produits manufacturés sont les mieux
quantifiables car visibles en poids et en valeur. Entre les pays du Nord, il
s’agit de produits plutôt élaborés. A noter que le poids des pays en
développement s’accroît, notamment avec la Chine ou plus généralement les
nouveaux pays industrialisés (NPI). Quant aux flux d’informations, ils
circulent aussi parmi les pays industrialisés notamment grâce à des agences de
presse provenant de ces pays-là (AP, AFP, etc.) Les flux d’informations se sont
développés et même instantanéisés grâce à la communication satellite et à Internet. Enfin, en ce qui concerne les
flux financiers, il est difficile de les mesurer.

 

Géopolitique

La géopolitique
s’intéresse aux espaces nationaux, aux frontières et à leur évolution, mais
elle étudie aussi les comportements des habitants des pays, les tendances
idéologiques et les structures sociales. Certains éléments d’études de la géopolitique
sont plus structurels que d’autres comme la politique des frontières, tandis que
d’autres sont plus variables comme le prix des matières premières. On peut
aussi mettre en avant la géostratégie qui étudie les rapports entre géographie
et stratégie. Enfin la géoéconomie étudie le rapport entre l’espace et l’économie. Si la
géopolitique, la géostratégie et la géoéconomie étudient l’espace à leurs
domaines respectifs à l’échelle régionale, elles ont aussi une vision planétaire
en considérant le globe comme un système.

Le monde d’aujourd’hui,
en termes géopolitiques est complexe face à la bipolarité du monde qui marque
la guerre froide. Le changement s’est produit progressivement.
D’un monde bipolaire (Etats-Unis d’Amérique et ses alliés contre le bloc communiste)
on voit apparaître les pays du « Tiers-monde », terme créé par Sauvy
en 1952. En 1962, lors de la conférence de Belgrade on voit les non-alignés ne
souhaitent pas faire partie d’un des deux blocs : à la division Est-Ouest,
on a une coupure Nord-Sud. L’arme atomique a aussi joué un rôle dans les choix
géopolitiques des pays.

 

Prospective

La Banque mondiale
et les partisans du libéralisme économique soutiennent la thèse que la
dérèglementation et l’accroissement des échanges internationaux entraînerait l’intégration
de tous les pays du monde dans le système-monde. Effectivement, la mobilité des
entreprises multinationales favoriserait la croissance économique globale en
diffusant la richesse vers le bas, comprenons les pays « moins avancés ».
La participation de tous les pays intensifierait ces échanges et créerait des
îlots de plus en plus intégrés dans le processus de mondialisation, chaque pôle
créant ainsi une intégration de son arrière-pays par effet de ruissellement. A
terme, les différences sociales et humaines disparaîtraient.

 

Acteurs de
la mondialisation

Les firmes
multinationales jouent un rôle clé dans la mondialisation car elles en sont le
moteur et les principales bénéficiaires. Les firmes multinationales sont aussi
propulsées par l’idéologie croissante du système libéral qui les maintient
actives grâce à la délocalisation : elles forment un maillage souvent
indépendant du maillage politique des Etats. Ces entreprises ont un rôle de plus
en plus important dans le sens que certaines d’entre elles produisent des
chiffres d’affaire plus important que les PNB de certains pays. Les associations de pays, comme l’Union européenne, forment aussi des acteurs essentiels dans la
mondialisation.

Les acteurs de
la mondialisation peuvent former des réseaux, chemins qui relient les différentes
lieux de la planète, lieux qui deviennent des nœuds. Ces réseaux peuvent être
physiques ou virtuels comme des chemins de fer ou Internet. Certains lieux sont plus privilégiés que d’autres et forment des réseaux plus « intenses »
que les autres. On parle de villes mondiales ou métropoles mondiales de tels nœuds,
ou hubs, en anglais, et sont au cœur de la mondialisation. Ces hubs ont des pouvoirs politiques, économiques, financiers et culturels, attirent les
populations et les capitaux (par exemple New York). Ils entretiennent des
relations si fortes qu’ils peuvent sembler plus proches que certains lieux
géographiquement plus proches. L’ensemble des villes mondiales forment l’archipel mégalopolitain mondial. On
peut aussi parler de pôles.

 

Contestation

L’altermondialisme,
qui s’oppose à la mondialisation libérale, cherche à la réguler afin de la
rendre plus équitable. On peut prendre l’exemple des manifestations de Seattle
où les manifestants souhaitent un contrôle plus citoyen et démocratique de l’OMC
en ce qui concerne le libre-échange. Des associations de personnes en faveur de
l’altermondialisme (ONG, partis politiques, syndicats, etc.) se rencontrent
autours de forums sociaux mondiaux (FSM), comme à Nairobi en 2007, pour étudier
d’autres moyens de mettre en œuvre une « autre mondialisation ». En
ce qui concerne la finance en termes de mondialisation, ces mêmes tenants de l’altermondialisme
dénoncent une « dictature » des créanciers sur les actionnaires,
aboutissant à un développement d’un capitalisme purement actionnarial.

Enfin, suite à
la théorie de la prospérité globale, les mouvements altermondialistes défendent
la thèse de la fragmentation globale qui stipule que la mondialisation oublie
les effets de domination politique de certains espaces sur d’autres. Des territoires
n’ont pas la possibilité de s’intégrer au système-monde et que donc cette
insertion est forcément sélective et limitée à quelque types d’espaces
seulement. Par conséquent, l’aggravation des inégalités est planétaire et on
voit apparaître « un archipel de richesses au milieu d’un océan de
pauvreté ». La délocalisation au Nord contribue a fragmenter les
territoires, tandis qu’au Sud, même si quelques espaces se développement, la
pauvreté globale ne sera non seulement pas atténuée mais elle devrait en plus
augmenter.

Pour voir plus loin:

– Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Mondialisation, Système-monde, Dictionnaire de géographie

 Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Echanges internationaux, Dictionnaire de géographie

– Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Culture, géographie culturelle, Dictionnaire de géographie

 Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Géopolitique, Dictionnaire de géographie

– Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine Développement, Sud, Dictionnaire de géographie

– Beaud Pascal, Bourgeat Serge, Bras Catherine, Société, géographie sociale, Dictionnaire de géographie


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