Qu’est-ce que la chrématistique et qu’est-ce que le mythe prométhéen du progrès ? La notion de chrématistique vient du philosophe Aristote qui la définit comme une acquisition de richesses. Elle peut être bonne ou mauvaise. Dans le premier cas, il s’agit d’acquérir des biens pour subvenir aux besoins essentiels de famille par le chef de famille. Il parle alors « d’un art naturel d’acquérir ». Il ajoute que la quantité nécessaire de ces biens est limitée car les besoins humains sont limités. Dans le deuxième cas, on ne parle plus d’acquérir des biens pour le bon-vivre mais simplement l’acquisition de richesses de manière illimitée. C’est cette dernière qu’on retiendra pour cette discution.
Le mythe de Prométhée, quant à lui, raconte que, pour améliorer la vie des humains, il leur donna le feu qu’il avait volé aux dieux. Pour le punir, Zeus, roi des dieux, l’enchaîna au sommet d’une montagne et lui fit dévorer le foie tous les jours par un vautour. Prométhée représenterait donc le développement du progrès technique.
La théorie économique qui prévalait jusqu’aux années 1970 était celle des néo-classiques ou capitalistes. La préoccupation était la croissance, qui alors, était considérée comme une vertu car elle procurait le bien-être de la population qui elle-même par son bien-être promouvait la croissance économique par (une augmentation) du capital humain. Le capitalisme encourage la consommation, qui est la dernière étape de la croissance économique selon Rostow. En effet, dans l’analyse de Rostow, cinq étapes interviennent dans la croissance économique (de la société traditionnelle immuable vers la société moderne), la dernière étant la consommation de masse. Pour satisfaire la populaition, la croissance doit être illimitée et le capital en augmentation. En plus de cela, pour soutenir cette croissance, la population doit augmenter. On a donc un système de soutien de croissance économique-démographique.
Le progrès technique est aussi une composante de la pensée capitaliste. Il doit être soutenu et utile pour l’humanité. Dans une approche durabiliste, le progrès technique est nécéssaire car il permet de se substituer à du capital naturel. En effet, les durabilistes faibles, qui ont une approche anthropocentrée, pensent que le capital naturel et le capital construit doivent former une constante, c’est-à-dire, que la somme du capital naturel et du capital construit doit être égale à une constante en termes mathématiques. Reste à définir la constante nécessaire et à quelle échelle elle doit être imposée.
Enfin, l’idée de développement est soutenue par les néoclassiques et les durabilistes faibles qui voient, dans cette optique, un développement qui permet la croissance. La différence réside dans la manière de gérer les ressources naturelles. Les néoclassiques ont une approche linéaire de gérer les ressources, c’est-à-dire, que le cheminement d’une resource va de l’extraction à la poubelle. Les durabilliste faibles ont une idéologie d’économie circulaire et rejettent l’idée du jetable. De plus, dans un processus de production, ils intègrent le capital naturel dans ce processus dans le but d’internaliser d’éventuels atteintes à l’environnement.
Contestations
Nous avons donc vu que les idées exposées précédemment étaient orientées « croissance ». Ce que dénoncent les décroissants avant tout, est l’idée de croissance illimitée qui, selon eux, est destructeur pour l’humanité. Leur argument se fonde principalement sur la préservation et la protection de la nature de laquelle il est possible de tirer les ressources. Mais dans un but de décroissance économique, ils prônent la suffisance, la retenue, la « simplicité volontaire ». Les capitalistes voient la croissance économique comme une richesse tandis que pour les décroissants, la richesse est dans la suffisance.
L’idée des décroissants est de freiner la production dans un but de bien-être social. Galbraith, par exemple, s’en prend aux grandes firmes dont la technostructure a pour but de maximiser la production et donc d’encourager la consommation (de masse). Leur stratégie se fonde dans la publicité qui, au lieu de mettre a disposition leurs produits dans une optique de combler la demande, elle crée artificiellement de faux besoins pour créer une demande qui achètera automatiquement ce qu’elle offre. On parle ici de filière inversée. Selon la logique décroissante, ces firmes ne créent pas du bien-être mais assujettissent les gens à la dépendance.
D’un point de vue de la dépendance, Jacques Ellul avait un regard critique sur la technique ou plutôt sur la technicité du monde d’aujourd’hui. Il ne parle pas seulement de technologie mais d’un tout où la technique est présente dans un but d’efficacité. Face aux progrès techniques que les capitalistes soutiennent, Ellul est assez virulent à l’encontre de ce type de croissance. En effet, il dit que la technique retire toute créativité, artificialise le monde, s’universalise et fonctionne de manière autonome ce qui rend l’homme dépendant et donc va à l’encontre de la pensée décroissante.
Enfin, les décroissants ne soutiennent pas l’idéologie de développement et en particulier de développement durable. En effet, le mot développement, dans une optique durabiliste, va à l’encontre de la pensée décroissante car l’idée implique une pression sur les ressources. On peut dire que Paul Ehrlich va à l’encontre de cette idée car pour lui la croissance démographique a un impact négatif sur l’environnement et qu’elle est liée à l’augmentation de la consommation des ressources.
Les décroissants émettent quelques solutions. André Gorz et Serge Latouche envisagent une circulation locale des biens et prônent la saisonnalité. Mais Latouche va plus loin. Il parle, avec précaution, de refondre la société pour instaurer un système décroissant, une démocratie écologique. Il pense qu’une confédération de petites unités communales de quelques dizaines de miliers d’habitants maximum serait efficace et enlèverait le côté « prise de pouvoir » à l’avantage d’une gestion collective de la communauté. Economiquement, il démantèlerait les grosses firmes pour que la production se fasse par des petites entreprises spécialisées et qui seraient liées dans un processus de production. Finalement, il envisage une économie locale.

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